LA VIANDE UNE ARME POLITIQUE

🇷🇺 La Russie a provoqué un surplus en Europe en interdisant l’importation de viande à la suite des sanctions de l’Union européenne après l’annexion de la Crimée par la Russie.

🇨🇳 La Chine a ralenti les importations de bœuf australien après que Canberra l’a accusé d’être à l’origine de la pandémie de Covid-19.

🇸🇦 L’Arabie saoudite, elle a interdit les importations de volaille du Brésil, en guise d’avertissement pour qu’il ne déplace pas son ambassade en Israël de Tel Aviv à Jérusalem.

🇨🇭En Suisse et en ⭐️ Europe, les éleveurs s’opposent à un accord de libre-échange avec le Mercosur par crainte d’être obligés d’acheter de la viande d’Amérique du Sud en grande quantité.

Une arme politique de choc : l’alimentation

Divers responsables américains et le président Ford lui-même ont publiquement annoncé que, dans la panoplie américaine, l’alimentation serait une « arme politique » particulièrement efficace. Le fait n’est pas nouveau, il est simplement reconnu pour ce qu’il est : non pas un instrument de l’aide à une humanité sous-alimentée, mais un outil au service d’une volonté de puissance. Un rapport de la C.I.A. analyse les conditions de son utilisation. Mais, s’il en est ainsi, c’est essentiellement pour deux raisons : d’une part, la population mondiale augmente plus vite que la production agricole, malgré toutes les promesses de la « révolution verte » ; d’autre part, les pays prospères accroissent leur consommation de viande, ce qui multiplie sans cesse la part de la production céréalière utilisée comme aliment du bétail. La faim dans le monde est un problème qui, déjà préoccupant, a encore tendance à s’aggraver. Cette situation est favorable à la politique des pays grands producteurs agricoles et aussi, bien entendu, aux firmes qui exploitent ce marché prometteur. De ce point de vue, la hausse alimentaire n’est pas uniformément déplorée, tant s’en faut. En 1972, les achats par l’U.R.S.S. de 19 millions de tonnes de céréales aux Etats-Unis avaient été bien accueillis par le département d’Etat (« détente » oblige !) et par les exportateurs de grains. Ils avaient été moins bien accueillis par des centaines de fermiers américains qui avaient vendu leur récolte à un prix normal, parfois à bas prix, avant que ne soit connue la transaction américano-soviétique, elle-même délibérément dispensée des contrôles administratifs habituels. Du coup, le prix du blé sur le marché intérieur américain avait doublé en quelques semaines : contribuables et consommateurs avaient payé la différence... Le problème rebondit en août 1975, l’U.R.S.S. négociant l’achat de 10 millions de tonnes de céréales aux Etats-Unis, ce qui déclenche une polémique, au sein du gouvernement, sur les effets inflationnistes de cette transaction. Cependant Washington annonce que les prix alimentaires ont augmenté de 1,2 % en juillet, hausse qui atteint 6,6 % pour les volailles et 12 % pour les légumes frais en certaines régions. Cette flambée est due, aussi, à celle des salaires, des transports, de la distribution, des emballages, etc. Mais l’inflation n’est pas également nocive pour tous et, en outre, elle est largement exportée vers d’autres pays, tous n’étant pas en mesure d’y faire face dans d’acceptables conditions, surtout les plus pauvres. Là-dessus, une révision en baisse de la récolte soviétique prévue (de 210 à 185 millions de tonnes) et une sécheresse exceptionnelle dans l’Iowa, plus de savantes spéculations, font monter le prix du boisseau de 2,20 à 4,05 dollars pour le blé à Kansas-City et de 0,42 à 3,17 dollars pour le maïs à Chicago. Ces éléments posent simultanément plusieurs problèmes que le dossier ci-dessous tente d’éclaircir : comment nourrir un milliard d’êtres humains dont le revenu est inférieur à 880 F par an ? Comment mettre les prix alimentaires à l’abri des plus scandaleuses spéculations ? Comment, par une relative autosuffisance alimentaire, soustraire la souveraineté nationale à certaines pressions politiques des grandes puissances ? Comment assurer aux producteurs agricoles, dans la société, une place qui corresponde équitablement au rôle essentiel qui est le leur ?
Source : https://www.monde-diplomatique.fr/1975/09/A/33368
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